30 avril 2010

Consolation

Au fil du temps, pourtant, se dégage un certain mal du pays qu’il témoigne à ses nièces Surville, le 30 avril 1849: ¨Faites-moi le plaisir de me glisser dans la première lettre que m’écriront votre mère ou grand-mère, premièrement une note bien rédigée et bien claire, assez claire et assez bien rédigée pour que nous puissions faire faire à des cuisiniers ¨mougicks¨ la sauce tomate inventée par votre grand-mère, de manière à n’y pas trouver de différence avec celle que l’on mange à votre table, deuxièmement la purée d’oignons comme la faisait Louise chez votre grand-mère¨, avant d’ajouter: ¨car ici voyez-vous, nous sommes dans un vaste désert, et pour avaler du boeuf qui ne vaut que 100 F le boeuf, et des moutons qui ne sont pas de pré-salé, il faut toutes les ressources et la coquetterie des inventions de la cuisine parisienne. Soyez fières d’avoir été, ce faisant, les bienfaitrices d’un pays entièrement dénué de veau, je veux dire de veaux passables, car les vaches font des veaux, mais ces veaux sont d’une maigreur républicaine. Le boeuf, tel qu’on le trouve à Paris, est un mythe; on s’en souvient, on en rêve, mais en réalité on a des viandes âgées de vingt ans, filandreuses, dont on grossit les paquets de chanvre destinés à l’exportation, en sorte qu’au lieu de digérer on fait de la filasse. On se console par d’excellent thé, du laitage exquis, car les légumes sont exécrables; la carotte sent la rave, les navets ne sentent rien.¨ Et de conclure: ¨Oh comme Valentine rirait en voyant les pommes, les poires, et les prunes.¨
Gonzague Saint Bris Le bel appétit de Monsieur de Balzac Ed. du Chêne 1999

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