27 septembre 2021

Incroyable

 mais je veux y croire,

"Un jour, il eut l’idée de lui offrir du thé dans sa cuiller à café ; l’herbe chinoise fut dignement appréciée par la lézarde, que, dans l’ignorance de son sexe. Goujon avait appelée Joseph."

... 

"Dix minutes après l’ouverture dei cette porte, on apportait son thé à Goujon. Joseph connaissait parfaitement le gamin qui le lui apportait, et il donnait des signes de joie visibles à l’aspect du plateau. Goujon alors se versait une tasse de thé, la sucrait, y puisait plein une petite cuiller de la liqueur parfumée, la goûtait du bout des lèvres, comme fait une nourrice pour ne point donner à son poupon une panade trop chaude, et présentait cette cuiller à Joseph, qui la vidait en lapant avec sa petite langue noire à la manière des chiens, jusqu’à la dernière goutte et sans s’interrompre, à moins qu’un bruit inquiétant ou qu’un visage étranger ne vint distraire la buveuse d’une occupation qu’elle paraissait trouver pleine de charmes."   Les serpents Alexandre Dumas 

 autant qu'à cette autre scène, plus crédible quand même, déjà citée en 2016:

Il se leva quand Stephen émergea des arbres et traversa la prairie devant le temple : il s’avança pour l’accueillir.
- Prendrez-vous une tasse de thé? dit-il après l’échange de salutations appropriées.

Ordinairement, Stephen n’aimait guère cette tisane insipide mais les Mille Marches avaient beaucoup atténué sa fierté et il accepta avec reconnaissance. En retournant vers le temple et en montant les marches du narthex (oh, quelle douleur) il observa la mias assise de l’autre côté du brasero, non pas sur un tabouret comme le moine mais dans une sorte de nid tissé en vannerie. Ses pieds venaient manifestement d’être lavés dans une cuvette d’eau tiède et il y avait du sang sur l’étoffe. Le moine dit pourtant :

- Muong, et tes bonnes manières?

Et l’animal se dressa, suffisamment pour une courbette.

Stephen lui rendit le salut et dit :

- Muong et moi avons monté les Mille Marches ensemble.

- Est-elle vraiment descendue jusqu’aux durians? demanda le moine en secouant la tête. Je pensais qu’elle cherchait simplement les baies de tillac dans les hautes pentes. Pas étonnant que ses pauvres pieds soient si abîmés. Elle aussi se sentira mieux après une tasse de thé.

La mias avait suivi la conversation en jetant des regards anxieux aux deux visages; mais au mot « thé » son expression s’éclaira et elle fouilla au fond de son panier pour en tirer un bol.

Pendant que le moine, qui s’appelait Ananda, préparait le thé, et pendant qu’ils le buvaient tous trois, Stephen étudia le visage de Muong : la variété de ses expressions était difficile à déterminer mais il parvint à en distinguer plusieurs, en particulier le regard d’affection profonde qu’elle dirigeait souvent vers le moine.   Le rendez-vous malais, de Patrick O’Brian, 2000 (Thirteen-Gun Salute 1989)