05 septembre 2018

Bulles

Cette bulle - la lecture prend une couple d'heures seulement - suivait celle, énorme, prolongée sur tout l'été, de 
Journal d'un corps de Daniel Pennac
Depuis que mes lunettes corrigent aussi la presbytie, je ne bouquine plus dans les bibliothèques. Heureusement, cela coïncide avec les catalogues en ligne. Le choix se fait par recommandations, critiques, hasards. Une liste et les livres me sont livrés. Jamais je n'aurais emprunté la version illustrée, qui s'est avérée si grande et si lourde, mais si appropriée, que je l'ai posée sur le lutrin au sous-sol. J'en lisais donc un jour, ou une page, chaque fois que j'allais quérir pomme Jazz ou de terre dans la chambre froide, ou cornet dans le congélateur, et je remontais en savourant ces propos.
Il y a peu de thé, du plus épique:
61 ans, 7 mois, 17 jours Lundi 27 mai 1985
Accident stupide. Lundi de Pentecôte. Nous prenions le thé chez Madame P., vieille amie de la défunte mère de Mona, qui va sur ses cent deux ans. Villa néovictorienne, le thé servi dehors sous un platane poussé au beau milieu d'un court de tennis!
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Boire le thé sous cet arbre c'est s'installer tout vivant dans un tableau de Magritte. Le jeu consiste à ne pas s'en étonner auprès de la vieille dame.
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Bref, nous sirotions notre thé quand un chien a fait irruption dans la propriété. La vieille dame l'a repéré du coin de l'oeil et s'en est offusquée.
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Hôpital: ébahissement du médecin de garde devant la diversité des dégâts: “Que vous est-il arrivé?” Difficile à expliquer en quelques mots: le thé, le tennis, Magritte, le chien, la vieille dame, le fil de fer, bref, le plus gigantesque désastre de l'histoire du thé mondain. Piqûre antitétanique (le fil de fer était rouillé), huit points de suture le long de la calotte crânienne, On a voulu vous scalper?
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Plus tard, Mona me demande ce qui m'a pris de bondir comme ça.
- Je crois que je m'ennuyais un peu.
- Ce fil de fer aurait pu te décapiter.
à l'inévitable san-thé:
Même jour, 17 heures (75 ans, 11 mois, 2 jours Dimanche 12 septembre 1999)
J'écris cela en buvant mon thé. Renoncé au café depuis mon opération. Impression que le thé me nettoie. Une sorte de douche intérieure. T'en bois un, t'en pisse trois, disait Violette. Peut-être un jour passerai-je à l'eau chaude, comme sur sa fin la tante Huguette. 


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