22 août 2020

Distanciation

 La température était idéale, autant pour faire cuire les tartes que pour les manger dehors, ce qui est plutôt rare.


Le temps qu'il revienne d'en face (le voisin l'avait appelé à l'aide pour son ordinateur, il s'est précipité masqué + visière... ses instructions au téléphone avaient déjà porté fruit), une guêpe à la dent sucrée tournait autour de ma pointe. Je n'ai rentré que mon thé.


21 août 2020

Deux fois plutôt qu'une

 Sans doute trop peu, le 15,

1 cuillerée combe, 1 minute
1 cuillerée comble, 1 minute

je l'ai trouvé insignifiant;

et probablement trop, ce matin,

les feuilles infusées du reste du sachet (d'abord 1 minute, 1.5 minute pour la 2e infusion)

je n'avais qu'une envie en le finissant: avaler un grand verre d'eau froide.

On s'habitue à tout  et si la situation globale devait s'envenimer, je l'apprécierais sûrement autant que les héroïnes de "Dans la forêt".

NOUS détestions le thé avant que tout cela n’arrive. Je buvais du chocolat et Eva évitait la caféine, mais à présent les sachets de thé éventé de notre mère sont l’une des rares gâteries qui nous apporte un peu de bien-être. Même Eva est prête à rationner le thé. Dans une boîte de chez Fastco qui contenait autrefois quatre cents sachets, il n’en reste plus que neuf. Mais si on retire l’agrafe qui ferme le sachet et qu’on tamise le thé dans un bol, on s’aperçoit qu’il ne faut qu’une pincée, juste un peu de poussière de thé, pour transformer de l’eau bouillie en un liquide légèrement parfumé dans lequel flotte un soupçon de poudre, et c’est comme une sorte d’alchimie qui civilise l’eau, donne vie au fantôme – au moins – du thé. Nous arrivons ainsi à faire durer un seul sachet une semaine, et peut-être que compter les sachets de thé nous en dit plus que n’importe quel calendrier sur le temps qui passe.

...

Mais ce soir nous buvons de l’eau chaude transformée en thé par la poudre au fond de la boîte de chez Fastco. Elle donne au liquide fumant dans nos tasses une teinte et un parfum et un goût si légers que quelqu’un qui ignorerait qu’il boit du thé pourrait penser qu’il s’agit juste d’eau chaude.

Mais nous savons que c’est du thé. Et nous savons que demain il n’y en aura plus.

Dans la forêt, Jean Hegland 2017 Gallmeister