19 mars 2016

Équinoxe vernal

« Les pluies, les vents et les giboulées qui succèdent à l’équinoxe de printemps, donnent aux feuilles un bouquet très suave, soutenait Percy – Oui, mais la cueillette, cher ami, exclut la pluie. Il faut une belle matinée de soleil, quand les feuilles sont scintillantes des perles de la rosée », murmura le Chinois.

Gérard de Cortanze Assam 2002


La mauvaise, c’était que le tribut impérial arrivait à maturation. On avait commencé l’emballage, il faudrait bientôt l’envoyer à la Cour. Ti devrait accompagner le convoi jusqu’à sa sous-préfecture, sur le Grand Canal impérial, où d’autres que lui prendraient le relais. Il était impossible de différer : Sa Majesté attendait sa boisson favorite pour autoriser le printemps à débuter, et cela passait avant toute affaire de meurtre, si intéressante fût-elle.
Frédéric Lenormand Thé vert et arsenic 2010 Fayard


Nous eûmes un printemps magnifique cette année-là. Un jour, Mao alla se promener dans un parc baptisé Demeure au toit de chaume de Du Fu, le poète tang du VIIIe siècle. Le département de ma mère, responsable du secteur Est, était chargé de la sécurité d'une partie du parc; ses collègues patrouillèrent donc sur les lieux, en se faisant passer pour des touristes. Mao n'avait généralement pas d'horaire et il était rare qu'il informe son entourage de ses allées et venues. Aussi ma mère passa-t-elle des heures dans une maison de thé à boire tasse sur tasse, pour tâcher de rester vigilante.
Jung Chang Les cygnes sauvages Pocket 2827 1992 Plon pour la traduction française  Wild Swans 1991

L'hiver a été sans cesse attaqué par le printemps, c'est sûrement ce qui a motivé mes achats de coffrets en janvier puis en mars.
Thés tout nus de David's Tea
J'avais fini depuis longtemps l'échantillon de Nepal Wonder Black reçu de Tea Trader l'automne dernier, j'ai donc étrenné le coffret avec 
Avec cet arôme
3 minutes m'ont paru bien suffisantes pour la première infusion.
Et j'accuse la pression atmosphérique plutôt que ce thé pour les scotomes qui ont nui à la deuxième, de 4 minutes, dernière ce jour-là.
Le lendemain matin, j'y allais allègrement avec l'English Breakfast.
Rien de remarquable chez lui, pas plus que chez le Tinderet kenyen,
c'est cette boîte qui était mal fermée dans le coffret
je les ai donc mélangés différemment d'un matin à l'autre, me rendant à 5 min d'infusion.
Ces coffrets me confirment dans ma méthode: ce n'est pas l'oeil mais le nez qui me fait estimer le temps d'infusion. Peu importe les instructions fournies, 

peu importe la pâleur de la liqueur, si le parfum me saute au nez dès que j'ouvre la boîte contenant les feuilles, sans même devoir la monter à mes narines, comme ce genmaicha,
 je commence par infuser une minute. Bien suffisante dans ce cas. La liqueur me dicte ensuite, surtout en refroidissant, combien de minutes prendra la 2e infusion
 et, si j'ai encore soif, combien la troisième.
Je lisais les Cahiers japonais d'Igort 
à ce moment-là et ils m'ont fait essayer le sencha.


La lecture n'a pas aidé à me le faire apprécier, elle l'a rendu amer, je dirais.





Le temps doux m'a rappelé qu'il y avait un thé blanc à essayer.
thé blanc BAi hao yin zhen de David's tea
 Odeur faible, donc 3 minutes pour commencer. Goût de selle, plus faible que le Nan mei.
Pas plus dans ma palette/roue/éventail de goûts. J'ai tellement ri en lisant Dans la brume de Darjeeling, de Mikael Bergstrand 2015 Gaïa Dimma över Darjeeling 2013, surtout ce passage:

Dans le laboratoire, notre teamaster Sandeep Pradahn voulut nous faire essayer un nouveau mélange qu'il venait de faire infuser dans de petites théières. J'en goûtai une gorgée que je recrachai dans le pot prévu à cet effet, comme je l'avais déjà vu faire. Malheureusement,mes papilles ne distinguèrent rien d'autre qu'un excellent thé. Yogi, en revanche, décrivit les arômes dégagés par la boisson en convoquant des comparaisons avec divers fruits, fleurs, épices et même avec des animaux. “Je ne mange pas d'animaux, mais si je le faisais, je dirais que ce thé extraordinairement délicieux distille un formidable arrière-goût de cheval”, dit-il. Sandeep Pradahn fit une grimace. “Ou peut-être, plus exactement, un formidable arrière-goût d'herbe, corrigea Yogi. De l'herbe ruminée par un cheval. - Puis passée à travers son système digestif? demanda le teamaster en haussant un sourcil.
- Exactement!
- Donc vous pensez que mon thé a un goût de crottin de cheval?
- Non! Non, non! Il a un goût merveilleux! Vous avez encore réussi à créer un thé incroyable! Fantastique! Sublime! Continuez ainsi!” Yogi quitta l'usine à la hâte pour éviter de se retrouver coincé par d'autres comparaisons gustatives hasardeuses.
Que fera David dorénavant?
lapresse+ 19 mars 2016


4 commentaires:

Vanessa V a dit...

J'adore ce goût de crottin de cheval ;))

Je dirais que je fais mes infusions de visu, un peu comme toi, dès que le couvercle du zhong est odorant ou dès que les bulles contenues dans les feuilles de thé éclatent dans la théière.
Je vais aussi regarder de plus près ce que sont ces cahiers japonais.
Merc

Thé noir a dit...

Bulles qui éclatent... j'ouvrirai l'oeil et les oreilles!

Thé noir a dit...

C'est trop drôle! MarshalN vient de signaler qu'un de ses articles sur le gong fu cha va paraître dans Gastronomica, dont il fournit le lien vers le sommaire.
Son article A Foreign Infusion s'y trouve en effet, mais aussi:
“Tastes Like Horse Piss”: Asian Encounters with European Beer | Jeffrey M. Pilcher.:-)

Thé noir a dit...

David a ouvert un restau à Ottawa http://business.financialpost.com/business-pmn/digital-absolutely-cannibalizing-cash-as-stores-shoppers-snub-bills/wcm/632f55e5-b91e-4f6e-9e81-ef9778510eaf