26 avril 2010

Jardin d'oiseau

26 avril 1912.
J’ai été, hier, prendre le thé avec le petit maharadjah qui avait fait appeler, pour moi, un membre du Conseil d’Etat de son père, un lama très savant, ou, du moins, qui en a la réputation. Le jeune héritier de ce trône, plus puéril que celui de Tunisie, a sa maison particulière dont le style participe du cottage anglais et de la maison chinoise. Ce pouvait être horrible, mais je ne sais quoi a sauvé ce mélange incongru de la laideur et du grotesque. L’ensemble est curieux et sympathique. Autour, un jardin, admirablement tenu, tout en rosiers dont chacun est abrité par un petit toit en natte contre la grêle fréquente en cette saison. Ce n’est pas un palais, pas même une somptueuse villa. Ce pourrait être la ¨parva sed apta¨, la demeure d’un épicurien aisé sans excès mais ce n’est que celle d’un petit prince jaune, la cage où son esprit travaille dans ses robes de brocart de Chine, où il essaie de ¨faire quelque chose¨, de voleter un peu, oiselet retenu par un fil. Cela met un peu de mélancolie sur le jardin de roses et les monstres chinois des seuils et des embrasures grimacent d’un air contraint.
Alexandra David-Néel Journal de voyage 1 Presses Pocket

2 commentaires:

Vanessa a dit...

... j'ai encore plus envie de dévorer ses livres à cette dame... j'en ai acheté un il y a au moins un an sans oser le lire...

Thé noir a dit...

Je n'ai lu que ce journal, qui est en fait un recueil des lettres écrites à son mari. Relation inhabituelle.